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Chiens et Municipales 2026 : quelles initiatives réelles pour la Ville dog-friendly de demain ?
06 Janvier 2026


RÉSUMÉ
Tandis que les politiques publiques s'en tiennent souvent à une gestion par l'interdiction, l'attente des cani-citoyens pour une ville inclusive n'a jamais été aussi forte. Pourtant, un frémissement émerge de certaines municipalités, de part et d’autres de l’hexagone, et laisse place à des initiatives porteuses d’espoir. C’est dans ce contexte que le design animalo-centré pourrait bien être une clé vers des quartiers transformés en espaces partagés et interspécifiques. En s’appuyant sur l’éthologie et des outils juridiques comme les accords-cadres, il est possible de transformer nos cités en espaces inclusifs et durables. À l’approche des municipales 2026, l'enjeu est clair : intégrer ce « plus qu’humain » canin en ville est devenu un enjeu sociétal.
Crédit : image : Bruno Brandao (pexels.com)
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la question de l’animal en ville s’invite au cœur des programmes. C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel). Certaines têtes de liste n’hésitent plus à caresser des Golden Retrievers sur les marchés, à l'image des engagements de Rachida Dati à Paris.
Dans ce sillage, des groupes comme l'union PARCC (Paris Condition Canine — qui rassemble collectifs et associations œuvrant en faveur de l'inclusion des chiens parisiens) s’organisent et militent pour un droit réel à la cité. Ils transforment la voix des cani-citoyens, ce binôme indissociable formé par le chien et son gardien, en levier politique.
Pourtant, sous le vernis des labels (« Ville amie des animaux », « Ville où il fait bon vivre avec un chien »), l’intégration du chien dans l’espace public demeure partielle. À l’échelle nationale, le débat reste généralement cloisonné à des questions de propreté et de multiplication de caniparcs, plus ou moins adaptés, pour la plupart des villes. Le chien n’est jamais considéré comme un acteur mobile à travers les espaces, ni comme un partenaire de vie doté de besoins propres.
Finalement, une dissonance profonde est ressentie par de nombreux gardiens. Pour eux, les politiques d'intégration demeurent superficielles, condamnant la plupart des candidats à une image d’opportunistes sans solution réelle. Alors, doit-on continuer d’osciller entre la Ville qui tolère et celle qui interdit ? Dans une France qui compte désormais près de 10 millions de chiens (ICAD), le design animalo-centré (animal-centred design) semble être une clé pour accompagner la bascule vers une ville inclusive.
C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel).
LE PRINCIPE D'ADAPTABILITÉ du service public à l'épreuve de la ville canine sera-t-il pour 2026 ?
En France, les collectivités sont tenues au principe d’adaptabilité du service public, qui impose de faire évoluer équipements et règlements selon les mutations sociétales. L'essor de la population canine et l'émergence du pet-parent (Volsche, 2021) — intégrant l'animal comme membre de la famille — créent de nouveaux besoins que la ville ne peut plus ignorer.
Pourtant, en 2026, les cani-citoyens restent des usagers invisibilisés. Les municipalités relèguent souvent leurs attentes au second plan, oubliant qu'adapter l’urbanisme au chien est une condition de l’inclusion du gardien. En effet, les études montrent que cette cohabitation impacte directement la charge mentale des humains concernés (« culpabilité désaffranchie », Kogan et al., 2022) et leur anxiété, via la contagion émotionnelle du stress (Sundman & Roth, 2019).
Concrètement, cette absence d'aménagements transforme le quotidien en parcours d'obstacles :
Bitume brûlant : Un sol équivalent à une fournaise en été force le gardien à fragmenter sa vie professionnelle et familiale pour éviter les sorties diurnes, faute d'îlots de fraîcheur.
Parcs inaccessibles : Les fermetures précoces en hiver poussent le citoyen à prendre sa voiture pour chercher la liberté hors de la ville, saturant davantage les axes routiers et ajoutant une charge mentale relative à l'organisation du foyer.
Transports saturés : Sans ergonomie pensée ni médiation, l'accès aux rames génère stress pour l'animal et agacement pour les autres usagers.
Ce manque d'anticipation crée un double contresens. La municipalité faillit à sa mission d'habitabilité pour tous et, paradoxalement, les mesures restrictives encouragent une forme de désobéissance civile, faute d'espaces autorisés et fonctionnels.
Le quartier Boutonnet à Montpellier : un cas typique d'exclusion canine
Si en 2018, la ville de Montpellier pouvait être fière de sa première place au classement des villes où il fait bon vivre avec un chien, le quartier Boutonnet est aujourd’hui l’archétype de l’espace excluant. Ici, la quasi-totalité des lieux de verdure refusent l'accès aux chiens, ou sont inadaptés : depuis 2023, le parc Suzanne Babut, seul poumon vert des rues environnantes, leur est interdit. Le square Camille Ernst, bien qu'autorisé en laisse, a vu sa surface amputée par des clôtures de jardin sur une partie conséquente de son aire, déjà partagée avec des jeux pour enfants. Partout ailleurs, le béton et les grillages règnent.




L'Avenue Bouisson Bertrand et son parterre végétal très abîmé par la sur-fréquentation canine : il s'agit de la seule surface non bétonnée des alentours.
Le moindre espace herbacé est mis hors d'accès des cani-citoyens.
Cette configuration impose aux cani-citoyens un détour de 15 minutes de marche pour atteindre le parc Sainte-Odile. Entre-temps, les conséquences de ce quartier-grillage sont visibles : l'avenue Bouisson Bertrand et ses parterres végétalisés sont saccagés par les déjections, faute d’autres espaces de décompression. De même, les murs et les rues saturent d'urine canine, l’animal n’ayant plus d’autre support disponible.
Le square Camille Ernst, que les cani-citoyens partagent avec des jeux pour enfants, s'est vu amputé d'une surface conséquente depuis l'été 2025 (à droite des clôtures en bois), dans un contexte d'espaces canins déjà trop rares dans le quartier.


Enfin, l’absence de vision inclusive se cristallise dans le réaménagement de l’ancien stade du Lieutenant Normand. Cet espace de 15 000 m² aurait pu être le lieu d'un partage équitable et d'un aménagement intégrant l'usager canin avec la création d'un parc. Il deviendra finalement un complexe multisport qui laissera une fois de plus les gardiens et leurs chiens aux portes du quartier, malgré le stade sportif Philippidès déjà présent dans le secteur.


L'ancien stade du Lieutenant Normand, un espace ouvert situé au cœur du quartier. Sa réhabilitation en centre multisport a été actée, privant l'ensemble des habitants d'un potentiel parc bénéfique à tous, dont les cani-citoyens.
Un détour par le design animalo-centré
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits. Le marquage, par exemple, est un lien social : l'urine n'est pas qu'une fonction biologique, c’est un moyen de communication que le chien dissémine au fil de son parcours. Enlever la verdure n'empêchera jamais un chien de marquer, c'est un besoin. En ce sens, une multitude de points de marquage (supports verticaux, matières naturelles, arbustes) à moins de 5 minutes de chaque rue pour respecter cette nécessité de « réseau social » canin pourrait être une piste à étudier.
Plus largement, des enquêtes sur les habitudes des gardiens et des cani-citoyens pourraient être menées pour imaginer quels services et aménagements amélioreraient leur quotidien et le partage de l’espace avec les autres usagers. Cela permettrait, par exemple, d'autoriser à nouveau les chiens tenus en laisse sur une partie du Parc Suzanne Babut et d'adapter les matériaux urbains (via un accord-cadre par exemple) pour garantir une mobilité thermique sûre toute l’année. Le modèle du caniparc clos montrant ses limites (Westgarth et al., 2017), la réponse doit être systémique.
Cependant, Boutonnet ne résume pas Montpellier : l’ouverture du tramway vers le bois de Montmaur fin 2025 offre enfin un accès facilité à un espace naturel pour les habitants du Nord de la ville. La ville fût également pionnière sur l'autorisation des chiens dans son réseau de transports publics. Ce contraste révèle une cité à deux vitesses, où l'habitabilité canine demeure inégalitaire selon les quartiers. Montpellier, comme d'autres métropoles, oscille encore entre hygiénisme hérité et transition vers des espaces partagés.
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits.
l'Éveil des métropoles : 3 initiatives qui redessinent la place du chien
Partout en France, des initiatives pionnières — nées d'impulsions municipales ou de mobilisations citoyennes — dessinent les contours d'une ville capable de concilier densité urbaine et besoins canins. En plaçant l’usage réel du binôme humain-chien au cœur des enjeux d’aménagement, ces laboratoires à ciel ouvert proposent de sortir de la gestion de la nuisance pour entrer dans une dynamique de cohabitation raisonnée. Trois modèles, de la liberté spatiale à l'expertise de terrain, illustrent ce tournant vers une ville plus inclusive.
1. Grenoble : le pari de la liberté au-delà de la clôture


Image d'illustration de deux chiens en liberté dans un parc.
© Marco Allasio (pexels.com)
Dans le cadre de son Plan Chien, la ville de Grenoble a lancé une expérimentation ambitieuse en ouvrant des « zones de liberté » au cœur de ses parcs. Rupture majeure avec le modèle du caniparc clôturé, ce dispositif permet aux chiens de circuler sans laisse au sein de périmètres définis par une signalétique spécifique. Cette approche repose sur un changement de paradigme : on ne cherche plus à isoler, mais à instaurer une gestion de l’animal basée sur la mixité des usages et le partage dynamique de l’espace public.
Sous le prisme du design animalo-centré, cette configuration s'impose comme une alternative plus durable et physiologiquement respectueuse que l'enclavement. En offrant de l'espace, elle élimine les interactions sociales forcées responsables de l'augmentation des comportements agressifs en milieu clos (Westgarth et al., 2010). Elle garantit également un renouvellement constant des stimulations olfactives, essentiel à l'équilibre du chien (Duranton & Horowitz, 2019), tout en réduisant drastiquement les phéromones de stress liées à la frustration de l'enfermement.
Certes, des défis d'entretien émergent, comme l'apparition de trous liés au besoin instinctif de creuser. Toutefois, ces contraintes ne sont pas insurmontables. Une médiation pédagogique auprès des gardiens, couplée à des solutions techniques simples (adaptation du sol pour reboucher ou création de zones de creusement dédiées), permettrait de transformer ces points de friction en leviers d'innovation. Loin d'être une simple tolérance, ces espaces de liberté ouvrent la voie à une nouvelle réflexion sur la multiplication de tels dispositifs au sein des villes.
2. Le Livre d'Or de l'union PARCC : une revendication citoyenne organisée
Le Manifeste du chien en ville, Livre d'Or réalisé par PARCC.
© PARCC - Paris Condition Canine (https://sites.google.com/view/parisconditioncanine/)


Le collectif PARCC (Paris Condition Canine) a récemment publié son Livre d'Or, une compilation de témoignages (citoyens et experts) et de mesures pragmatiques visant à intégrer le chien au cœur de la capitale. En replaçant l’animal comme un « acteur mobile » devant accéder aux transports, aux commerces et aux espaces verts sans rupture de parcours, ce document structure pour la première fois la voix des pet-parents en un cahier des charges urbain.
Ce format se distingue par sa grande intelligibilité : le contenu est explicite pour tous, du citoyen curieux au décideur public. Son approche par l'usage permet de contextualiser avec précision le « pourquoi » et le « comment » de la cohabitation canine en milieu dense. La masse de données fournie en libre-accès constitue une opportunité pour les municipalités d'alimenter leurs réflexions, voire de s'en inspirer directement.
Le document s'affirme comme une production citoyenne et de terrain. Bien qu'il se définisse comme « apolitique », il s'inscrit de fait dans une vision de la ville partagée, portée par une volonté de cohabitation qui n’est pas toujours souhaitée par l’ensemble des usagers. Ce positionnement invite également à une réflexion éthique sur l’adaptation du chien en milieu urbain : si l’accessibilité simplifie le quotidien des gardiens, la métropole demeure un environnement complexe pour les sens de l’animal. Le Livre d'Or ne se contente donc pas de proposer des solutions ; il témoigne des réalités du vivant au sein de la cité et ouvre le débat.
3. La Consultation de Lyon : une reconnaissance du cani-citoyen comme partie prenante de la ville
Votre voix a du mordant !
À l’aube des municipales 2026, alors que s’élaborent les programmes et que les enjeux d’isolement social se cristallisent, soutenir le lien au chien devient un engagement politique et humain majeur. C'est le moment d'affirmer une volonté réelle de cohabitation avec le vivant.
Chers cani-citoyens, n'oubliez pas que l’aménagement de votre rue, l’ouverture de vos parcs ou la résilience thermique de vos trottoirs dépendent directement de vos élus locaux. La ville partagée ne se décrète pas, elle se construit aussi dans les urnes. Votre chien ne vote pas, mais sa place dans la cité compte sur votre voix !
La Ville de Lyon a récemment franchi une étape clé en lançant une consultation d’envergure sur la place des chiens dans la cité. En interrogeant directement les habitants sur leurs attentes et leurs contraintes, cette démarche fait écho au Livre d’Or parisien : elle marque le passage d'une gestion de la nuisance à une reconnaissance de la population canine comme composante de l'espace public.
Cette initiative hisse la présence des cani-citoyens au rang de sujet de politique publique à part entière. Au-delà d’un sondage d'opinion, la consultation vise à objectiver les besoins pour y apporter (on l’espère !) des solutions techniques et spatiales adaptées, qui respectent enfin l'éthologie du chien et prennent acte du quotidien de son gardien. Bien que les résultats ne soient pas encore publiés, ce recensement massif de données constitue un gisement précieux pour le futur urbain.
Cette compilation de données est une occasion unique d'ajuster les politiques publiques à la réalité du terrain. Elle devrait permettre de mieux comprendre certains comportements ciblés — comme les zones de tension ou les parcours de mobilité privilégiés. Lyon s’incarne ainsi comme une ville qui ne se contente plus de tolérer le chien, mais qui cherche à comprendre l’étendue de son importance au sein de la cité.
Image d'illustration d'un cani-citoyen et son chien dans un caniparc.
© Duane Saipaia (pexels.com)


La question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal.
conclusion : UNE QUESTION TRANSPARTISANE POUR L'AVENIR
L'intégration du chien demeure aujourd'hui très inégale sur le territoire français, de nombreuses municipalités privilégiant encore une gestion par l’interdiction ou l’exclusion. Pourtant, la condition animale en ville s'impose comme un sujet transpartisan. Dépassant les clivages politiques et sociaux, elle entre en résonance avec le pouvoir de catalyseur social du chien.
Cette volonté citoyenne bouscule nos manières d’habiter et interroge nos usages de l’espace strictement anthropocentrés. Dans ce contexte, le design animalo-centré émerge comme un levier prometteur pour accompagner cette transition. La ville de demain sera dog-friendly par sa capacité à proposer des aménagements répondant aux besoins du cani-citoyen tout en garantissant l’équilibre éthologique de ses 10 millions de « plus qu’humains » (Wakkary, 2021).
Si cette analyse s’est ici concentrée sur le chien, un travail de design animalo-centré gagnerait à étudier plus largement l’écosystème urbain. Par exemple, quel est l’impact des déjections canines sur la biodiversité souterraine et la qualité des sols ? Cette interrogation, bien que singulière, constitue un véritable enjeu de soutenabilité face à la place croissante des animaux de compagnie dans nos vies.
De fait, la question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal. La ville de demain devra donc réconcilier accessibilité canine et résilience écologique pour éviter que la présence de l'animal ne soit perçue comme une pression supplémentaire sur des écosystèmes urbains déjà fragilisés. Plutôt que de se hâter vers des solutions de façade, les cités doivent désormais prendre le temps d'un diagnostic rigoureux pour appréhender la complexité de ce nouveau duo d'usagers.
Références bibliographiques
• Duranton, C., & Horowitz, A. (2019). Let me sniff! Nosework induces positive judgment bias in pet dogs. Applied Animal Behaviour Science, 211, 61-66. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.12.009
• Kogan, L. R., Bussolari, C., Currin-McCulloch, J., Packman, W., & Erdman, P. (2022). Disenfranchised Guilt—Pet Owners’ Burden. Animals, 12(13), 1690. https://doi.org/10.3390/ani12131690
• Sundman, AS., Van Poucke, E., Svensson Holm, AC. et al. Long-term stress levels are synchronized in dogs and their owners. Sci Rep 9, 7391 (2019). https://doi.org/10.1038/s41598-019-43851-x
• Volsche, S. (2021). Pet Parenting in the United States: Investigating an Evolutionary Puzzle. Evolutionary Psychology, 19(3). https://doi.org/10.1177/14747049211038297
• Wakkary, R. (2021). Things we could design: For more than human-centered worlds. MIT Press. https://doi-org.ezpum.scdi-montpellier.fr/10.7551/mitpress/13649.001.0001
• Westgarth, C., Christley, R. M., Marvin, G., & Perkins, E. (2017). I Walk My Dog Because It Makes Me Happy: A Qualitative Study to Understand Why Dogs Motivate Walking and Improved Health. International journal of environmental research and public health, 14(8), 936. https://doi.org/10.3390/ijerph14080936
Les images illustrant cet article sont utilisées dans un but de critique et d'analyse pédagogique. Les droits appartiennent à leurs auteurs respectifs. En cas de demande de retrait par un ayant-droit, l'image sera supprimée immédiatement.
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Chiens et Municipales 2026 : quelles initiatives réelles pour la Ville dog-friendly de demain ?
06 Janvier 2026


RÉSUMÉ
Tandis que les politiques publiques s'en tiennent souvent à une gestion par l'interdiction, l'attente des cani-citoyens pour une ville inclusive n'a jamais été aussi forte. Pourtant, un frémissement émerge de certaines municipalités, de part et d’autres de l’hexagone, et laisse place à des initiatives porteuses d’espoir. C’est dans ce contexte que le design animalo-centré pourrait bien être une clé vers des quartiers transformés en espaces partagés et interspécifiques. En s’appuyant sur l’éthologie et des outils juridiques comme les accords-cadres, il est possible de transformer nos cités en espaces inclusifs et durables. À l’approche des municipales 2026, l'enjeu est clair : intégrer ce « plus qu’humain » canin en ville est devenu un enjeu sociétal.
Crédit : image : Bruno Brandao (pexels.com)
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la question de l’animal en ville s’invite au cœur des programmes. C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel). Certaines têtes de liste n’hésitent plus à caresser des Golden Retrievers sur les marchés, à l'image des engagements de Rachida Dati à Paris.
Dans ce sillage, des groupes comme l'union PARCC (Paris Condition Canine — qui rassemble collectifs et associations œuvrant en faveur de l'inclusion des chiens parisiens) s’organisent et militent pour un droit réel à la cité. Ils transforment la voix des cani-citoyens, ce binôme indissociable formé par le chien et son gardien, en levier politique.
Pourtant, sous le vernis des labels (« Ville amie des animaux », « Ville où il fait bon vivre avec un chien »), l’intégration du chien dans l’espace public demeure partielle. À l’échelle nationale, le débat reste généralement cloisonné à des questions de propreté et de multiplication de caniparcs, plus ou moins adaptés, pour la plupart des villes. Le chien n’est jamais considéré comme un acteur mobile à travers les espaces, ni comme un partenaire de vie doté de besoins propres.
Finalement, une dissonance profonde est ressentie par de nombreux gardiens. Pour eux, les politiques d'intégration demeurent superficielles, condamnant la plupart des candidats à une image d’opportunistes sans solution réelle. Alors, doit-on continuer d’osciller entre la Ville qui tolère et celle qui interdit ? Dans une France qui compte désormais près de 10 millions de chiens (ICAD), le design animalo-centré (animal-centred design) semble être une clé pour accompagner la bascule vers une ville inclusive.
C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel).


Le collectif PARCC (Paris Condition Canine) a récemment publié son Livre d'Or, une compilation de témoignages (citoyens et experts) et de mesures pragmatiques visant à intégrer le chien au cœur de la capitale. En replaçant l’animal comme un « acteur mobile » devant accéder aux transports, aux commerces et aux espaces verts sans rupture de parcours, ce document structure pour la première fois la voix des pet-parents en un cahier des charges urbain.
Ce format se distingue par sa grande intelligibilité : le contenu est explicite pour tous, du citoyen curieux au décideur public. Son approche par l'usage permet de contextualiser avec précision le « pourquoi » et le « comment » de la cohabitation canine en milieu dense. La masse de données fournie en libre-accès constitue une opportunité pour les municipalités d'alimenter leurs réflexions, voire de s'en inspirer directement.
Le document s'affirme comme une production citoyenne et de terrain. Bien qu'il se définisse comme « apolitique », il s'inscrit de fait dans une vision de la ville partagée, portée par une volonté de cohabitation qui n’est pas toujours souhaitée par l’ensemble des usagers. Ce positionnement invite également à une réflexion éthique sur l’adaptation du chien en milieu urbain : si l’accessibilité simplifie le quotidien des gardiens, la métropole demeure un environnement complexe pour les sens de l’animal. Le Livre d'Or ne se contente donc pas de proposer des solutions ; il témoigne des réalités du vivant au sein de la cité et ouvre le débat.
3. La Consultation de Lyon : une reconnaissance du cani-citoyen comme partie prenante de la ville
Le Manifeste du chien en ville, Livre d'Or réalisé par PARCC.
© PARCC - Paris Condition Canine (https://sites.google.com/view/parisconditioncanine/)
LE PRINCIPE D'ADAPTABILITÉ du service public à l'épreuve de la ville canine sera-t-il POUR 2026 ?
En France, les collectivités sont tenues au principe d’adaptabilité du service public, qui impose de faire évoluer équipements et règlements selon les mutations sociétales. L'essor de la population canine et l'émergence du pet-parent (Volsche, 2021) — intégrant l'animal comme membre de la famille — créent de nouveaux besoins que la ville ne peut plus ignorer.
Pourtant, en 2026, les cani-citoyens restent des usagers invisibilisés. Les municipalités relèguent souvent leurs attentes au second plan, oubliant qu'adapter l’urbanisme au chien est une condition de l’inclusion du gardien. En effet, les études montrent que cette cohabitation impacte directement la charge mentale des humains concernés (« culpabilité désaffranchie », Kogan et al., 2022) et leur anxiété, via la contagion émotionnelle du stress (Sundman & Roth, 2019).
Concrètement, cette absence d'aménagements transforme le quotidien en parcours d'obstacles :
Bitume brûlant : Un sol équivalent à une fournaise en été force le gardien à fragmenter sa vie professionnelle et familiale pour éviter les sorties diurnes, faute d'îlots de fraîcheur.
Parcs inaccessibles : Les fermetures précoces en hiver poussent le citoyen à prendre sa voiture pour chercher la liberté hors de la ville, saturant davantage les axes routiers et ajoutant une charge mentale relative à l'organisation du foyer.
Transports saturés : Sans ergonomie pensée ni médiation, l'accès aux rames génère stress pour l'animal et agacement pour les autres usagers.
Ce manque d'anticipation crée un double contresens. La municipalité faillit à sa mission d'habitabilité pour tous et, paradoxalement, les mesures restrictives encouragent une forme de désobéissance civile, faute d'espaces autorisés et fonctionnels.
Le quartier Boutonnet à Montpellier : un cas typique d'exclusion canine
Si en 2018, la ville de Montpellier pouvait être fière de sa première place au classement des villes où il fait bon vivre avec un chien, le quartier Boutonnet est aujourd’hui l’archétype de l’espace excluant. Ici, la quasi-totalité des lieux de verdure refusent l'accès aux chiens, ou sont inadaptés : depuis 2023, le parc Suzanne Babut, seul poumon vert des rues environnantes, leur est interdit. Le square Camille Ernst, bien qu'autorisé en laisse, a vu sa surface amputée par des clôtures de jardin sur une partie conséquente de son aire, déjà partagée avec des jeux pour enfants. Partout ailleurs, le béton et les grillages règnent.


Le moindre espace herbacé est mis hors d'accès des cani-citoyens.Source image : Amazon.com.


Le square Camille Ernst, que les cani-citoyens partagent avec des jeux pour enfants, s'est vu amputé d'une surface conséquente depuis l'été 2025 (à droite des clôtures en bois), dans un contexte d'espaces canins déjà trop rares dans le quartier.
Cette configuration impose aux cani-citoyens un détour de 15 minutes de marche pour atteindre le parc Sainte-Odile. Entre-temps, les conséquences de ce quartier-grillage sont visibles : l'avenue Bouisson Bertrand et ses parterres végétalisés sont saccagés par les déjections, faute d’autres espaces de décompression. De même, les murs et les rues saturent d'urine canine, l’animal n’ayant plus d’autre support disponible.


L'Avenue Bouisson Bertrand et son parterre végétal très abîmé par la sur-fréquentation canine : il s'agit de la seule surface non bétonnée des alentours.
Enfin, l’absence de vision inclusive se cristallise dans le réaménagement de l’ancien stade du Lieutenant Normand. Cet espace de 15 000 m² aurait pu être le lieu d'un partage équitable et d'un aménagement intégrant l'usager canin avec la création d'un parc. Il deviendra finalement un complexe multisport qui laissera une fois de plus les gardiens et leurs chiens aux portes du quartier, malgré le stade sportif Philippidès déjà présent dans le secteur.


L'ancien stade du Lieutenant Normand, un espace ouvert situé au cœur du quartier. Sa réhabilitation en centre multisport a été actée, privant l'ensemble des habitants d'un potentiel parc bénéfique à tous, dont les cani-citoyens.
Un détour par le design animalo-centré
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits. Le marquage, par exemple, est un lien social : l'urine n'est pas qu'une fonction biologique, c’est un moyen de communication que le chien dissémine au fil de son parcours. Enlever la verdure n'empêchera jamais un chien de marquer, c'est un besoin. En ce sens, une multitude de points de marquage (supports verticaux, matières naturelles, arbustes) à moins de 5 minutes de chaque rue pour respecter cette nécessité de « réseau social » canin pourrait être une piste à étudier.
Plus largement, des enquêtes sur les habitudes des gardiens et des cani-citoyens pourraient être menées pour imaginer quels services et aménagements amélioreraient leur quotidien et le partage de l’espace avec les autres usagers. Cela permettrait, par exemple, d'autoriser à nouveau les chiens tenus en laisse sur une partie du Parc Suzanne Babut et d'adapter les matériaux urbains (via un accord-cadre par exemple) pour garantir une mobilité thermique sûre toute l’année. Le modèle du caniparc clos montrant ses limites (Westgarth et al., 2017), la réponse doit être systémique.
Cependant, Boutonnet ne résume pas Montpellier : l’ouverture du tramway vers le bois de Montmaur fin 2025 offre enfin un accès facilité à un espace naturel pour les habitants du Nord de la ville. La ville fût également pionnière sur l'autorisation des chiens dans son réseau de transports publics. Ce contraste révèle une cité à deux vitesses, où l'habitabilité canine demeure inégalitaire selon les quartiers. Montpellier, comme d'autres métropoles, oscille encore entre hygiénisme hérité et transition vers des espaces partagés.
l'Éveil des métropoles : 3 initiatives qui redessinent la place du chien
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits.
Partout en France, des initiatives pionnières — nées d'impulsions municipales ou de mobilisations citoyennes — dessinent les contours d'une ville capable de concilier densité urbaine et besoins canins. En plaçant l’usage réel du binôme humain-chien au cœur des enjeux d’aménagement, ces laboratoires à ciel ouvert proposent de sortir de la gestion de la nuisance pour entrer dans une dynamique de cohabitation raisonnée. Trois modèles, de la liberté spatiale à l'expertise de terrain, illustrent ce tournant vers une ville plus inclusive.
1. Grenoble : le pari de la liberté au-delà de la clôture


Image d'illustration de deux chiens en liberté dans un parc.
© Marco Allasio (pexels.com)
Dans le cadre de son Plan Chien, la ville de Grenoble a lancé une expérimentation ambitieuse en ouvrant des « zones de liberté » au cœur de ses parcs. Rupture majeure avec le modèle du caniparc clôturé, ce dispositif permet aux chiens de circuler sans laisse au sein de périmètres définis par une signalétique spécifique. Cette approche repose sur un changement de paradigme : on ne cherche plus à isoler, mais à instaurer une gestion de l’animal basée sur la mixité des usages et le partage dynamique de l’espace public.
Sous le prisme du design animalo-centré, cette configuration s'impose comme une alternative plus durable et physiologiquement respectueuse que l'enclavement. En offrant de l'espace, elle élimine les interactions sociales forcées responsables de l'augmentation des comportements agressifs en milieu clos (Westgarth et al., 2010). Elle garantit également un renouvellement constant des stimulations olfactives, essentiel à l'équilibre du chien (Duranton & Horowitz, 2019), tout en réduisant drastiquement les phéromones de stress liées à la frustration de l'enfermement.
Certes, des défis d'entretien émergent, comme l'apparition de trous liés au besoin instinctif de creuser. Toutefois, ces contraintes ne sont pas insurmontables. Une médiation pédagogique auprès des gardiens, couplée à des solutions techniques simples (adaptation du sol pour reboucher ou création de zones de creusement dédiées), permettrait de transformer ces points de friction en leviers d'innovation. Loin d'être une simple tolérance, ces espaces de liberté ouvrent la voie à une nouvelle réflexion sur la multiplication de tels dispositifs au sein des villes.
2. Le Livre d'Or de l'union PARCC : une revendication citoyenne organisée
Image d'illustration d'un cani-citoyen et son chien dans un caniparc.
© Duane Saipaia (pexels.com)


La Ville de Lyon a récemment franchi une étape clé en lançant une consultation d’envergure sur la place des chiens dans la cité. En interrogeant directement les habitants sur leurs attentes et leurs contraintes, cette démarche fait écho au Livre d’Or parisien : elle marque le passage d'une gestion de la nuisance à une reconnaissance de la population canine comme composante de l'espace public.
Cette initiative hisse la présence des cani-citoyens au rang de sujet de politique publique à part entière. Au-delà d’un sondage d'opinion, la consultation vise à objectiver les besoins pour y apporter (on l’espère !) des solutions techniques et spatiales adaptées, qui respectent enfin l'éthologie du chien et prennent acte du quotidien de son gardien. Bien que les résultats ne soient pas encore publiés, ce recensement massif de données constitue un gisement précieux pour le futur urbain.
Cette compilation de données est une occasion unique d'ajuster les politiques publiques à la réalité du terrain. Elle devrait permettre de mieux comprendre certains comportements ciblés — comme les zones de tension ou les parcours de mobilité privilégiés. Lyon s’incarne ainsi comme une ville qui ne se contente plus de tolérer le chien, mais qui cherche à comprendre l’étendue de son importance au sein de la cité.
Votre voix a du mordant
À l’aube des municipales 2026, alors que s’élaborent les programmes et que les enjeux d’isolement social se cristallisent, soutenir le lien au chien devient un engagement politique et humain majeur. C'est le moment d'affirmer une volonté réelle de cohabitation avec le vivant.
Chers cani-citoyens, n'oubliez pas que l’aménagement de votre rue, l’ouverture de vos parcs ou la résilience thermique de vos trottoirs dépendent directement de vos élus locaux. La ville partagée ne se décrète pas, elle se construit aussi dans les urnes. Votre chien ne vote pas, mais sa place dans la cité compte sur votre voix !
CONCLUSION : UNE QUESTION TRANSPARTISANE POUR L'AVENIR
L'intégration du chien demeure aujourd'hui très inégale sur le territoire français, de nombreuses municipalités privilégiant encore une gestion par l’interdiction ou l’exclusion. Pourtant, la condition animale en ville s'impose comme un sujet transpartisan. Dépassant les clivages politiques et sociaux, elle entre en résonance avec le pouvoir de catalyseur social du chien.
Cette volonté citoyenne bouscule nos manières d’habiter et interroge nos usages de l’espace strictement anthropocentrés. Dans ce contexte, le design animalo-centré émerge comme un levier prometteur pour accompagner cette transition. La ville de demain sera dog-friendly par sa capacité à proposer des aménagements répondant aux besoins du cani-citoyen tout en garantissant l’équilibre éthologique de ses 10 millions de « plus qu’humains » (Wakkary, 2021).
Si cette analyse s’est ici concentrée sur le chien, un travail de design animalo-centré gagnerait à étudier plus largement l’écosystème urbain. Par exemple, quel est l’impact des déjections canines sur la biodiversité souterraine et la qualité des sols ? Cette interrogation, bien que singulière, constitue un véritable enjeu de soutenabilité face à la place croissante des animaux de compagnie dans nos vies.
De fait, la question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal. La ville de demain devra donc réconcilier accessibilité canine et résilience écologique pour éviter que la présence de l'animal ne soit perçue comme une pression supplémentaire sur des écosystèmes urbains déjà fragilisés. Plutôt que de se hâter vers des solutions de façade, les cités doivent désormais prendre le temps d'un diagnostic rigoureux pour appréhender la complexité de ce nouveau duo d'usagers.
La question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal.
Crédit images : LYCS Architecture (en.lycs-arc.com).
Références bibliographiques
• Duranton, C., & Horowitz, A. (2019). Let me sniff! Nosework induces positive judgment bias in pet dogs. Applied Animal Behaviour Science, 211, 61-66. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.12.009
• Kogan, L. R., Bussolari, C., Currin-McCulloch, J., Packman, W., & Erdman, P. (2022). Disenfranchised Guilt—Pet Owners’ Burden. Animals, 12(13), 1690. https://doi.org/10.3390/ani12131690
• Sundman, AS., Van Poucke, E., Svensson Holm, AC. et al. Long-term stress levels are synchronized in dogs and their owners. Sci Rep 9, 7391 (2019). https://doi.org/10.1038/s41598-019-43851-x
• Volsche, S. (2021). Pet Parenting in the United States: Investigating an Evolutionary Puzzle. Evolutionary Psychology, 19(3). https://doi.org/10.1177/14747049211038297
• Wakkary, R. (2021). Things we could design: For more than human-centered worlds. MIT Press. https://doi-org.ezpum.scdi-montpellier.fr/10.7551/mitpress/13649.001.0001
• Westgarth, C., Christley, R. M., Marvin, G., & Perkins, E. (2017). I Walk My Dog Because It Makes Me Happy: A Qualitative Study to Understand Why Dogs Motivate Walking and Improved Health. International journal of environmental research and public health, 14(8), 936. https://doi.org/10.3390/ijerph14080936
Les images illustrant cet article sont utilisées dans un but de critique et d'analyse pédagogique. Les droits appartiennent à leurs auteurs respectifs. En cas de demande de retrait par un ayant-droit, l'image sera supprimée immédiatement.
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Chiens et Municipales 2026 : quelles initiatives réelles pour la Ville dog-friendly de demain ?
06 Janvier 2026

Crédit image : Bruno Brandao (pexels.com).
RÉSUMÉ
Tandis que les politiques publiques s'en tiennent souvent à une gestion par l'interdiction, l'attente des cani-citoyens pour une ville inclusive n'a jamais été aussi forte. Pourtant, un frémissement émerge de certaines municipalités, de part et d’autres de l’hexagone, et laisse place à des initiatives porteuses d’espoir. C’est dans ce contexte que le design animalo-centré pourrait bien être une clé vers des quartiers transformés en espaces partagés et interspécifiques. En s’appuyant sur l’éthologie et des outils juridiques comme les accords-cadres, il est possible de transformer nos cités en espaces inclusifs et durables. À l’approche des municipales 2026, l'enjeu est clair : intégrer ce « plus qu’humain » canin en ville est devenu un enjeu sociétal.
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la question de l’animal en ville s’invite au cœur des programmes. C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel). Certaines têtes de liste n’hésitent plus à caresser des Golden Retrievers sur les marchés, à l'image des engagements de Rachida Dati à Paris.
Dans ce sillage, des groupes comme l'union PARCC (Paris Condition Canine — qui rassemble collectifs et associations œuvrant en faveur de l'inclusion des chiens parisiens) s’organisent et militent pour un droit réel à la cité. Ils transforment la voix des cani-citoyens, ce binôme indissociable formé par le chien et son gardien, en levier politique.
Pourtant, sous le vernis des labels (« Ville amie des animaux », « Ville où il fait bon vivre avec un chien »), l’intégration du chien dans l’espace public demeure partielle. À l’échelle nationale, le débat reste généralement cloisonné à des questions de propreté et de multiplication de caniparcs, plus ou moins adaptés, pour la plupart des villes. Le chien n’est jamais considéré comme un acteur mobile à travers les espaces, ni comme un partenaire de vie doté de besoins propres.
Finalement, une dissonance profonde est ressentie par de nombreux gardiens. Pour eux, les politiques d'intégration demeurent superficielles, condamnant la plupart des candidats à une image d’opportunistes sans solution réelle. Alors, doit-on continuer d’osciller entre la Ville qui tolère et celle qui interdit ? Dans une France qui compte désormais près de 10 millions de chiens (ICAD), le design animalo-centré (animal-centred design) semble être une clé pour accompagner la bascule vers une ville inclusive.
C’est une première : des candidats de tous bords, au-delà des seuls courants écologistes ou animalistes, commencent à regarder le duo gardien-chien comme un véritable habitant des centres urbains (et donc, un électeur potentiel).
LE PRINCIPE D'ADAPTABILITÉ du service public à l'épreuve de la ville canine sera-t-il pour 2026 ?
En France, les collectivités sont tenues au principe d’adaptabilité du service public, qui impose de faire évoluer équipements et règlements selon les mutations sociétales. L'essor de la population canine et l'émergence du pet-parent (Volsche, 2021) — intégrant l'animal comme membre de la famille — créent de nouveaux besoins que la ville ne peut plus ignorer.
Pourtant, en 2026, les cani-citoyens restent des usagers invisibilisés. Les municipalités relèguent souvent leurs attentes au second plan, oubliant qu'adapter l’urbanisme au chien est une condition de l’inclusion du gardien. En effet, les études montrent que cette cohabitation impacte directement la charge mentale des humains concernés (« culpabilité désaffranchie », Kogan et al., 2022) et leur anxiété, via la contagion émotionnelle du stress (Sundman & Roth, 2019).
Concrètement, cette absence d'aménagements transforme le quotidien en parcours d'obstacles :
Bitume brûlant : Un sol équivalent à une fournaise en été force le gardien à fragmenter sa vie professionnelle et familiale pour éviter les sorties diurnes, faute d'îlots de fraîcheur.
Parcs inaccessibles : Les fermetures précoces en hiver poussent le citoyen à prendre sa voiture pour chercher la liberté hors de la ville, saturant davantage les axes routiers et ajoutant une charge mentale relative à l'organisation du foyer.
Transports saturés : Sans ergonomie pensée ni médiation, l'accès aux rames génère stress pour l'animal et agacement pour les autres usagers.
Ce manque d'anticipation crée un double contresens. La municipalité faillit à sa mission d'habitabilité pour tous et, paradoxalement, les mesures restrictives encouragent une forme de désobéissance civile, faute d'espaces autorisés et fonctionnels.
Le quartier Boutonnet à Montpellier : un cas typique d'exclusion canine
Si en 2018, la ville de Montpellier pouvait être fière de sa première place au classement des villes où il fait bon vivre avec un chien, le quartier Boutonnet est aujourd’hui l’archétype de l’espace excluant. Ici, la quasi-totalité des lieux de verdure refusent l'accès aux chiens, ou sont inadaptés : depuis 2023, le parc Suzanne Babut, seul poumon vert des rues environnantes, leur est interdit. Le square Camille Ernst, bien qu'autorisé en laisse, a vu sa surface amputée par des clôtures de jardin sur une partie conséquente de son aire, déjà partagée avec des jeux pour enfants. Partout ailleurs, le béton et les grillages règnent.

Le moindre espace herbacé est mis hors d'accès des cani-citoyens.

Le square Camille Ernst, que les cani-citoyens partagent avec des jeux pour enfants, s'est vu amputé d'une surface conséquente depuis l'été 2025 (à droite des clôtures en bois), dans un contexte d'espaces canins déjà trop rares dans le quartier.
Cette configuration impose aux cani-citoyens un détour de 15 minutes de marche pour atteindre le parc Sainte-Odile. Entre-temps, les conséquences de ce quartier-grillage sont visibles : l'avenue Bouisson Bertrand et ses parterres végétalisés sont saccagés par les déjections, faute d’autres espaces de décompression. De même, les murs et les rues saturent d'urine canine, l’animal n’ayant plus d’autre support disponible.

L'Avenue Bouisson Bertrand et son parterre végétal très abîmé par la sur-fréquentation canine : il s'agit de la seule surface non bétonnée des alentours.
Enfin, l’absence de vision inclusive se cristallise dans le réaménagement de l’ancien stade du Lieutenant Normand. Cet espace de 15 000 m² aurait pu être le lieu d'un partage équitable et d'un aménagement intégrant l'usager canin avec la création d'un parc. Il deviendra finalement un complexe multisport qui laissera une fois de plus les gardiens et leurs chiens aux portes du quartier, malgré le stade sportif Philippidès déjà présent dans le secteur.

L'ancien stade du Lieutenant Normand, un espace ouvert situé au cœur du quartier. Sa réhabilitation en centre multisport a été actée, privant l'ensemble des habitants d'un potentiel parc bénéfique à tous, dont les cani-citoyens.
Un détour par le design animalo-centré
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits. Le marquage, par exemple, est un lien social : l'urine n'est pas qu'une fonction biologique, c’est un moyen de communication que le chien dissémine au fil de son parcours. Enlever la verdure n'empêchera jamais un chien de marquer, c'est un besoin. En ce sens, une multitude de points de marquage (supports verticaux, matières naturelles, arbustes) à moins de 5 minutes de chaque rue pour respecter cette nécessité de « réseau social » canin pourrait être une piste à étudier.
Plus largement, des enquêtes sur les habitudes des gardiens et des cani-citoyens pourraient être menées pour imaginer quels services et aménagements amélioreraient leur quotidien et le partage de l’espace avec les autres usagers. Cela permettrait, par exemple, d'autoriser à nouveau les chiens tenus en laisse sur une partie du Parc Suzanne Babut et d'adapter les matériaux urbains (via un accord-cadre par exemple) pour garantir une mobilité thermique sûre toute l’année. Le modèle du caniparc clos montrant ses limites (Westgarth et al., 2017), la réponse doit être systémique.
Cependant, Boutonnet ne résume pas Montpellier : l’ouverture du tramway vers le bois de Montmaur fin 2025 offre enfin un accès facilité à un espace naturel pour les habitants du Nord de la ville. La ville fût également pionnière sur l'autorisation des chiens dans son réseau de transports publics. Ce contraste révèle une cité à deux vitesses, où l'habitabilité canine demeure inégalitaire selon les quartiers. Montpellier, comme d'autres métropoles, oscille encore entre hygiénisme hérité et transition vers des espaces partagés.
Face à ce constat, le design animalo-centré propose de changer radicalement de regard : il ne s’agit pas de voir une nuisance, mais plutôt des besoins éthologiques non satisfaits.
l'Éveil des métropoles : 3 initiatives qui redessinent la place du chien
Partout en France, des initiatives pionnières — nées d'impulsions municipales ou de mobilisations citoyennes — dessinent les contours d'une ville capable de concilier densité urbaine et besoins canins. En plaçant l’usage réel du binôme humain-chien au cœur des enjeux d’aménagement, ces laboratoires à ciel ouvert proposent de sortir de la gestion de la nuisance pour entrer dans une dynamique de cohabitation raisonnée. Trois modèles, de la liberté spatiale à l'expertise de terrain, illustrent ce tournant vers une ville plus inclusive.
1. Grenoble : le pari de la liberté au-delà de la clôture

Image d'illustration de deux chiens en liberté dans un parc.
© Marco Allasio (pexels.com)
Dans le cadre de son Plan Chien, la ville de Grenoble a lancé une expérimentation ambitieuse en ouvrant des « zones de liberté » au cœur de ses parcs. Rupture majeure avec le modèle du caniparc clôturé, ce dispositif permet aux chiens de circuler sans laisse au sein de périmètres définis par une signalétique spécifique. Cette approche repose sur un changement de paradigme : on ne cherche plus à isoler, mais à instaurer une gestion de l’animal basée sur la mixité des usages et le partage dynamique de l’espace public.
Sous le prisme du design animalo-centré, cette configuration s'impose comme une alternative plus durable et physiologiquement respectueuse que l'enclavement. En offrant de l'espace, elle élimine les interactions sociales forcées responsables de l'augmentation des comportements agressifs en milieu clos (Westgarth et al., 2010). Elle garantit également un renouvellement constant des stimulations olfactives, essentiel à l'équilibre du chien (Duranton & Horowitz, 2019), tout en réduisant drastiquement les phéromones de stress liées à la frustration de l'enfermement.
Certes, des défis d'entretien émergent, comme l'apparition de trous liés au besoin instinctif de creuser. Toutefois, ces contraintes ne sont pas insurmontables. Une médiation pédagogique auprès des gardiens, couplée à des solutions techniques simples (adaptation du sol pour reboucher ou création de zones de creusement dédiées), permettrait de transformer ces points de friction en leviers d'innovation. Loin d'être une simple tolérance, ces espaces de liberté ouvrent la voie à une nouvelle réflexion sur la multiplication de tels dispositifs au sein des villes.
2. Le Livre d'Or de l'union PARCC : une revendication citoyenne organisée

Le Manifeste du chien en ville, Livre d'Or réalisé par PARCC.
© PARCC - Paris Condition Canine (https://sites.google.com/view/parisconditioncanine/)
Le collectif PARCC (Paris Condition Canine) a récemment publié son Livre d'Or, une compilation de témoignages (citoyens et experts) et de mesures pragmatiques visant à intégrer le chien au cœur de la capitale. En replaçant l’animal comme un « acteur mobile » devant accéder aux transports, aux commerces et aux espaces verts sans rupture de parcours, ce document structure pour la première fois la voix des pet-parents en un cahier des charges urbain.
Ce format se distingue par sa grande intelligibilité : le contenu est explicite pour tous, du citoyen curieux au décideur public. Son approche par l'usage permet de contextualiser avec précision le « pourquoi » et le « comment » de la cohabitation canine en milieu dense. La masse de données fournie en libre-accès constitue une opportunité pour les municipalités d'alimenter leurs réflexions, voire de s'en inspirer directement.
Le document s'affirme comme une production citoyenne et de terrain. Bien qu'il se définisse comme « apolitique », il s'inscrit de fait dans une vision de la ville partagée, portée par une volonté de cohabitation qui n’est pas toujours souhaitée par l’ensemble des usagers. Ce positionnement invite également à une réflexion éthique sur l’adaptation du chien en milieu urbain : si l’accessibilité simplifie le quotidien des gardiens, la métropole demeure un environnement complexe pour les sens de l’animal. Le Livre d'Or ne se contente donc pas de proposer des solutions ; il témoigne des réalités du vivant au sein de la cité et ouvre le débat.
3. La Consultation de Lyon : une reconnaissance du cani-citoyen comme partie prenante de la ville

Image d'illustration d'un cani-citoyen et son chien dans un caniparc.
© Duane Saipaia (pexels.com)
La Ville de Lyon a récemment franchi une étape clé en lançant une consultation d’envergure sur la place des chiens dans la cité. En interrogeant directement les habitants sur leurs attentes et leurs contraintes, cette démarche fait écho au Livre d’Or parisien : elle marque le passage d'une gestion de la nuisance à une reconnaissance de la population canine comme composante de l'espace public.
Cette initiative hisse la présence des cani-citoyens au rang de sujet de politique publique à part entière. Au-delà d’un sondage d'opinion, la consultation vise à objectiver les besoins pour y apporter (on l’espère !) des solutions techniques et spatiales adaptées, qui respectent enfin l'éthologie du chien et prennent acte du quotidien de son gardien. Bien que les résultats ne soient pas encore publiés, ce recensement massif de données constitue un gisement précieux pour le futur urbain.
Cette compilation de données est une occasion unique d'ajuster les politiques publiques à la réalité du terrain. Elle devrait permettre de mieux comprendre certains comportements ciblés — comme les zones de tension ou les parcours de mobilité privilégiés. Lyon s’incarne ainsi comme une ville qui ne se contente plus de tolérer le chien, mais qui cherche à comprendre l’étendue de son importance au sein de la cité.
La question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal.
conclusion : UNE QUESTION TRANSPARTISANE POUR L'AVENIR
L'intégration du chien demeure aujourd'hui très inégale sur le territoire français, de nombreuses municipalités privilégiant encore une gestion par l’interdiction ou l’exclusion. Pourtant, la condition animale en ville s'impose comme un sujet transpartisan. Dépassant les clivages politiques et sociaux, elle entre en résonance avec le pouvoir de catalyseur social du chien.
Cette volonté citoyenne bouscule nos manières d’habiter et interroge nos usages de l’espace strictement anthropocentrés. Dans ce contexte, le design animalo-centré émerge comme un levier prometteur pour accompagner cette transition. La ville de demain sera dog-friendly par sa capacité à proposer des aménagements répondant aux besoins du cani-citoyen tout en garantissant l’équilibre éthologique de ses 10 millions de « plus qu’humains » (Wakkary, 2021).
Si cette analyse s’est ici concentrée sur le chien, un travail de design animalo-centré gagnerait à étudier plus largement l’écosystème urbain. Par exemple, quel est l’impact des déjections canines sur la biodiversité souterraine et la qualité des sols ? Cette interrogation, bien que singulière, constitue un véritable enjeu de soutenabilité face à la place croissante des animaux de compagnie dans nos vies.
De fait, la question écologique de l'empreinte environnementale de l'animal de compagnie demeure aujourd'hui largement sous-traitée dans les politiques publiques. Cette lacune représente un risque majeur à terme : si elle n'est pas anticipée par des aménagements innovants (gestion des nutriments, sols filtrants, espaces de biodégradabilité), elle pourrait devenir un frein à l'intégration pérenne de l'animal. La ville de demain devra donc réconcilier accessibilité canine et résilience écologique pour éviter que la présence de l'animal ne soit perçue comme une pression supplémentaire sur des écosystèmes urbains déjà fragilisés. Plutôt que de se hâter vers des solutions de façade, les cités doivent désormais prendre le temps d'un diagnostic rigoureux pour appréhender la complexité de ce nouveau duo d'usagers.
Votre voix a du mordant !
À l’aube des municipales 2026, alors que s’élaborent les programmes et que les enjeux d’isolement social se cristallisent, soutenir le lien au chien devient un engagement politique et humain majeur. C'est le moment d'affirmer une volonté réelle de cohabitation avec le vivant.
Chers cani-citoyens, n'oubliez pas que l’aménagement de votre rue, l’ouverture de vos parcs ou la résilience thermique de vos trottoirs dépendent directement de vos élus locaux. La ville partagée ne se décrète pas, elle se construit aussi dans les urnes. Votre chien ne vote pas, mais sa place dans la cité compte sur votre voix !
Références bibliographiques
• Duranton, C., & Horowitz, A. (2019). Let me sniff! Nosework induces positive judgment bias in pet dogs. Applied Animal Behaviour Science, 211, 61-66. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2018.12.009
• Kogan, L. R., Bussolari, C., Currin-McCulloch, J., Packman, W., & Erdman, P. (2022). Disenfranchised Guilt—Pet Owners’ Burden. Animals, 12(13), 1690. https://doi.org/10.3390/ani12131690
• Sundman, AS., Van Poucke, E., Svensson Holm, AC. et al. Long-term stress levels are synchronized in dogs and their owners. Sci Rep 9, 7391 (2019). https://doi.org/10.1038/s41598-019-43851-x
• Volsche, S. (2021). Pet Parenting in the United States: Investigating an Evolutionary Puzzle. Evolutionary Psychology, 19(3). https://doi.org/10.1177/14747049211038297
• Wakkary, R. (2021). Things we could design: For more than human-centered worlds. MIT Press. https://doi-org.ezpum.scdi-montpellier.fr/10.7551/mitpress/13649.001.0001
• Westgarth, C., Christley, R. M., Marvin, G., & Perkins, E. (2017). I Walk My Dog Because It Makes Me Happy: A Qualitative Study to Understand Why Dogs Motivate Walking and Improved Health. International journal of environmental research and public health, 14(8), 936. https://doi.org/10.3390/ijerph14080936
Les images illustrant cet article sont utilisées dans un but de critique et d'analyse pédagogique. Les droits appartiennent à leurs auteurs respectifs. En cas de demande de retrait par un ayant-droit, l'image sera supprimée immédiatement.